Assimilation d’une société étrangère à une société de droit français : la méthode précisée par le Conseil d’État

Dans un contexte d’internationalisation croissante des activités économiques, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à intervenir à l’étranger, à investir dans des structures internationales ou à accueillir des capitaux étrangers. 

Dans ce cadre, la question de la qualification juridique et fiscale des sociétés étrangères en droit français revêt une importance majeure. 

Le Conseil d’État a récemment précisé la méthode permettant d’assimiler une société étrangère à une société de droit français, afin de déterminer le régime fiscal applicable à ses opérations. 

Cette clarification constitue une référence importante pour les commissaires aux comptes, experts-comptables et fiscalistes, confrontés à la complexité du traitement des structures étrangères. 

 

I. Une méthode d’assimilation reposant sur une analyse combinée du droit étranger et des statuts 

 

Lorsqu’un litige fiscal implique une société constituée à l’étranger, il appartient au juge de l’impôt d’identifier, dans un premier temps, le type de société française auquel cette entité peut être assimilée. 

Cette identification repose sur une analyse combinée de deux éléments essentiels : 

 

1.  Les règles générales du droit étranger applicables à la constitution, au fonctionnement et à la gestion de la société ; 

2. Les clauses statutaires propres à la structure, qui peuvent adapter ou compléter ces règles générales. 

Cette double analyse permet d’appréhender la réalité juridique et le mode de fonctionnement effectif de la société étrangère. 

Le juge doit ainsi comparer les caractéristiques de cette société avec celles des formes sociales françaises existantes (SARL, SAS, SA, etc.) afin d’en déterminer la plus proche. 

Ce travail d’assimilation constitue la première étape indispensable pour appliquer correctement le droit fiscal français aux opérations impliquant cette société. 

 

II. Une approche rigoureuse pour garantir la cohérence du régime fiscal

 

Une fois l’assimilation déterminée, le juge doit, dans un second temps, définir le régime fiscal applicable à l’opération litigieuse (imposition des bénéfices, distribution de dividendes, cession de titres, etc.), en se référant à la loi fiscale française. 

Le Conseil d’État souligne que cette démarche exige une analyse rigoureuse et concrète, excluant toute assimilation automatique fondée sur des critères formels ou isolés. 

Autrement dit, il ne suffit pas de se référer à la dénomination de la société étrangère ou à certains éléments de son enregistrement : 

le juge doit apprécier la nature réelle de la société, son organisation interne, la répartition des pouvoirs, le statut de ses associés et la liberté statutaire dont elle dispose. 

Cette méthode, désormais clairement encadrée, garantit une application cohérente et équitable du droit fiscal français aux entités étrangères. 

Elle s’inscrit dans la continuité de la jurisprudence Artémis (CE, 24 novembre 2014, n° 363556), qui avait déjà posé les fondements de cette analyse d’assimilation. 

 

 

 

La décision du Conseil d’État apporte une clarification essentielle pour la pratique du droit fiscal international. 

En rappelant la nécessité d’une analyse combinée du droit étranger et des statuts, la Haute juridiction fixe un cadre clair pour l’assimilation des sociétés étrangères au droit français. 

Pour les commissaires aux comptes et les professionnels du chiffre et du droit, cette méthode constitue un outil de référence pour sécuriser l’appréciation du régime fiscal des structures internationales. 

Elle garantit une lecture fidèle de la réalité économique et juridique des entités concernées, tout en assurant une application homogène du droit fiscal français. 

 

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